04 Déc 2017
Barcelone, Espagne
Aliments biologiques et agriculture

« On ne joue pas avec la nourriture », voilà une célèbre consigne destinée aux enfants ; pourtant c’est exactement ce que préconise Mayya Papaya pour les consommateurs chez Foodisms, une initiative de durabilité alimentaire : jouer, questionner et apprendre.

Plus qu’un simple passe-temps, l’alimentation a toujours été pour Mayya un moyen de subsistance qu’il fallait étudier avec un certain recul. Elle a créé un projet basé à Barcelone, Foodisms, où les gens sont mis au défi de penser différemment à ce qu’ils mangent, à la provenance des aliments et au gaspillage de la nourriture.

Aussi longtemps qu’elle s’en souvienne, Mayya s’est toujours posé ces questions ; elle était intéressée par la cuisine dès son plus jeune âge. Alors qu’elle était âgée de 15 ans, cette passion l’a conduite à suivre un cours de cuisine d’une semaine à Paris.

Quelques années plus tard, elle étudie encore les questions liées à l’alimentation, mais cette fois-ci en classe. Lors de ses études en nutrition au King’s College de Londres, Mayya affirme qu’elle a eu un réel déclic lorsqu’elle a obtu sa maîtrise en santé publique et nutrition à la London School of Hygiene and Tropical Medicine. « Cette école m’a aidé à voir la nourriture comme un jeu politique, social et économique – c’est un pion universel qui touche à tout dans la vie », dit Mayya.

Après sa maîtrise et un passage difficile à son premier vrai emploi de bureau, Mayya explique qu’elle a préféré s’écarter des postes conventionnels, c’est ainsi qu’elle est tombée dans l’entreprenariat. « L’industrie alimentaire est très complexe et il se passe beaucoup de choses à huis clos. J’ai réalisé que je voulais aider les gens à ouvrir ces portes et à comprendre à quel point notre système alimentaire est défaillant », raconte-t-elle.

Mayya décide donc de mettre les mains à la pâte et crée Foodisms, un projet qui lui permet de voir des résultats et d’apporter des changements effectifs.

Des moments éducatifs à travers l’alimentation et le plaisir :

En termes simples, Foodisms consiste en des opportunités d’apprentissage, mais pas dans le sens traditionnel de l’école. Il s’agit expériences où les gens ont la liberté et l’espace nécessaires pour explorer de nouvelles idées, que ce soit dans leur quartier, leur cuisine ou dans une ferme locale. Un autre élément clé ? Le plaisir.

« Quand on s’amuse, on est plus ouvert à l’écoute des choses, même si elles ne correspondent pas à ce que l’on croit », explique Mayya. « Personnellement, je déteste quand les gens me font remarquer ce que je fais mal, et j’ai fait en sorte que chez Foodisms, on ne dise jamais aux gens qu’ils ont tort. La relation des gens avec la nourriture est complexe, et les reprendre sur certaines choses les en éloigne davantage ».

Le premier événement culinaire expérientiel de Mayya ne s’est pas déroulé près d’une cuisine ou d’une table de salle à manger. « Ce qui m’intéressait, c’était de à mettre en place différentes façons de communiquer avec les gens autour de la nourriture », raconte Mayya en décrivant comment tout a commencé. Ensuite, elle et ses amis ont fouillé les poubelles de Barcelone pour inspecter la qualité de la nourriture jetée afin d’entamer une conversation sur les déchets alimentaires. Jamais un dialogue n’a été aussi nécessaire que celui sur le sujet : un tiers de la nourriture produite dans le monde est gâchée,

l’équivalent de 222 millions de tonnes. C’est presque la production alimentaire nette de l’Afrique subsaharienne.

« Tout le monde a été choqué par le bon état des aliments jetés à la poubelle et par leur quantité », dit Mayya. « Nous avons fini par prendre tout ce que nous avions et l’avons transformé en un énorme festin végétarien. Personne n’a rien laissé intact. J’étais si heureuse de voir l’impact de l’expérience sur tout le monde ».

La croissance de Foodisms :

Après avoir provoqué cette discussion, Mayya a compris qu’elle tenait quelque chose ; c’était en 2012. Trois ans plus tard, elle fonde Foodisms pour mettre en place divers événements impliquant des conversations ludiques et stimulantes.

L’un de ces événements est Urban Food Challenge, une chasse au trésor interactive où il faut faire le tour d’un quartier à la rencontre d’entreprises et d’initiatives locales d’alimentation durable. « Notre objectif est d’impliquer les gens dans la durabilité pratiquement, de les aider à comprendre ce que cela signifie d’être un consommateur et quelles actions nous devrions prendre pour en être pleinement conscients », dit Mayya.

Foodisms a déjà accueilli avec succès les Urban Food Challenges à Barcelone et à Londres, et le prochain objectif de Mayya est de transformer le défi en une application smartphone pour que les « vagabonds » du quartier puissent suivre les traces de Foodisms.

En janvier, Mayya sera également l’hôte de la cinquième Fête à la ferme, où un train part pour un voyage gastronomique à 40 minutes de Barcelone et où l’on cueillera, préparera et dégustera un repas frais. L’événement est organisé tout au long de l’année afin de faire comprendre aux gens que, même si une ferme est moins productive en hiver, elle reste quand même une chose vivante qui respire.

Bien que l’événement Feast on a Farm soit restreint à Barcelone pour le moment, Mayya dit qu’elle s’entretient avec des gens au Canada, en Inde et au Royaume-Uni pour voir si ça les intéresse d’organiser leur propre événement. « Avec la mondialisation, nous ne sommes plus seulement une communauté locale », dit-elle.

Rendre durables les changements durables :

Pour Mayya, l’un des aspects les plus gratifiants de Foodisms a été de voir les participants à l’événement introduire des changements alimentaires durables dans leur propre vie. « Les gens m’envoient des messages et me disent qu’ils viennent de passer leur première commande d’une ferme ou me demandent la recette de quelque chose que nous avons cuisiné pendant les Fêtes à la ferme », dit-elle.

Mayya espère finalement que Foodisms serve de point de rencontre entre les producteurs, les détaillants et les consommateurs, ce qui a déjà commencé. Par exemple, Espigoladors, l’entreprise sociale basée à Barcelone qui a été incluse dans le Urban Food Challenge, collabore occasionnellement avec Aurora del Camp, le site des Fêtes à la ferme, pour réduire le gaspillage alimentaire en transformant les cultures excédentaires en repas et conserves de cuisine sociale.

C’est un nouveau cycle alimentaire : les individus, les fournisseurs et les producteurs travaillent de concert pour réaliser des changements lentement mais sûrement dans le traitement des aliments.

Mayya est la première à admettre qu’un mode de vie purement durable ne peut être adopté du jour au lendemain. « Je ne suis pas une ‘personne durable’ à 100 %, mais je m’efforce de l’être à travers les changements que je mets en place. Le changement est un processus étape par étape, et si vous l’introduisez d’un seul coup, vous avez plus de risques d’échouer », explique-t-elle.

Chacun aura son propre processus, mais Mayya dit que la première étape consiste se remettre en question et à se demander ce que l’on pourrait abandonner pour devenir un consommateur plus conscient. Cela peut concerner n’importe quoi : décider d’acheter uniquement des fruits et légumes de saison ; choisir d’acheter bio pour des produits où l’on consomme la peau ; passer à l’achat d’œufs au marché fermier de votre région. Le dernier travail personnel de Mayya consiste à trouver un endroit pour se procurer des graines en vrac.

S’agissant de mettre les consommateurs en contact avec les producteurs de leurs aliments, les experts disent que Foodisms tient quelque chose. « Se renseigner sur l’histoire qui se cache derrière les produits sur les emballages des supermarchés est une première étape », affirme Ferne Edwards, boursière postdoctorale à SHARECITY, un projet qui met en avant la dimension politique dans l’acte de choisir ce que nous mangeons. « L’alimentation est plus qu’une solution nutritionnelle, c’est aussi partager un repas, échanger des idées et (…) comprendre l’effort, le temps et la valeur qui entrent dans ce que nous mangeons chaque jour ».

Que l’on participe à un événement Foodisms ou que l’on se soit simplement arrêté pour parler à Mayya dans la rue, celle-ci essaie de changer l’état d’esprit des gens en passant d’un comportement « je mange » et « j’achète » à un comportement plus proactif et responsable des consommateurs.

« Je pense qu’un consommateur durable est quelqu’un qui fera tout ce qui est en son pouvoir pour faire de meilleurs choix alimentaires, en tenant compte du fait qu’il n’y a pas que lui dans l’équation », ajoute Mayya. « Nous faisons tous partie de la chaîne alimentaire et nous devons comprendre ce que cela signifie de participer activement à ce puzzle ».

 

Site Web : http://foodisms.co

Facebook : www.facebook.com/foodisms

Instagram : www.instagram.com/foodisms.co

Photos : Avec la parmission de  Samanta de WTF BCN

Auteurs : Hilary Duff et Kristin Hanes.

Traduction : Lilia Bacha

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