12 Fév 2018
Pardes-Hanna, Israël
Textiles et vêtements durables

Nina Skibnevsky se souvient de la première fois où elle a posé les mains sur un vêtement en fibre de chanvre. « Quand j’ai touché ce tissu, j’ai compris que c’était quelque chose de nouveau et de spécial, et j’ai absolument voulu travailler avec ce matériau », se souvient-elle.

En 2016, cette première expérience tactile s’est transformée en Haptic Path : une collection de vêtements durables pour femmes et hommes, modernes et élégants, que Nina Skibnevsky conçoit chez elle, en Israël.

En utilisant le chanvre dans ses créations, Nina Skibnevsky peut concilier ses aspirations personnelles et ses valeurs professionnelles à travers son style de vie et son entreprise : « Ce sont les pièces d’un même puzzle qui ont pu s’assembler : ma passion pour la mode, mon rapport spécial à ce tissu, et mes préoccupations écologiques ».

Mettre en valeur le tissu en chanvre :

Le chanvre est considéré comme l’un des tissus les plus durables au monde, et son utilisation est en hausse dans le monde entier. Aux États-Unis seulement, on estime que le marché des produits à base de chanvre atteindra 1,8 milliard de dollars d’ici 2020, les textiles représentant 12% de l’ensemble de la consommation.

Nina Skibnevsky relève la pertinence d’opter pour ce tissu quand on se soucie de l’environnement : « La plante utilise moins d’eau, pousse plus vite que le coton conventionnel et n’a pas besoin de pesticides », explique-t-elle. Le tissu lui-même est fabriqué en prélevant les morceaux fibreux extérieurs de la plante ; il est ensuite nettoyé et natté et la fibre est mise en balles dans un processus similaire à la production du lin.

Le tissu en chanvre est utilisé depuis longtemps dans le monde entier, et donc tout naturellement, ce sont les voyages de Nina Skibnevsky qui ont inspiré ses créations. La collection actuelle de Haptic Path s’inspire des vêtements traditionnels japonais – Nina Skibnevsky s’étant initiée à la culture nippone notamment grâce à sa grand-mère qui avait étudié le Japon, la Chine et Taiwan.

La collection qui en résulte adopte avec grâce le style minimaliste des vêtements traditionnels des samouraïs. Et tandis que le chanvre est plutôt associé à la fibre solide utilisée dans les cordes à voile et les sacs en toile de jute, Nina Skibnevsky est fière d’avoir réussi à créer des pièces modernes et élégantes, sans compromettre la douceur et le confort. Après tout, Haptic est un synonyme de ‘tactile’, et Nina Skibnevsky tient à souligner l’importance du toucher et des sens dans ses créations.

Elle explique que les vêtements qu’elle dessine sont à la fois amples et bien coupés. « Pendant de nombreuses années, j’ai fait du yoga, de l’improvisation et de la danse. Je tiens vraiment à ce que mes vêtements soient confortables pour toutes ces sortes de mouvements », explique-t-elle. « Quand je parlais aux gens de vêtements confortables, ils pensaient à des vêtements de sport. Les vêtements que nous proposons ne sont pas comme ça, ils sont beaux tout en permettant de danser et de se déplacer ».

Le tissu en chanvre est également idéal pour les climats plus chauds, et il est connu pour laisser passer l’air et pour sa légèreté comparable à celle du lin, il est idéal pour les étés chauds et humides auxquels font face les résidents de Tel Aviv. « C’est le refroidissement par temps chaud, et le réchauffement par le froid – c’est un tissu magique ! » dit Nina Skibnevsky. « Il assure également une protection à 90% contre les UV, ce qui est très important dans les régions exposées au soleil ».

« Mes vêtements sont pour les gens indépendants qui aiment la nature, mais qui vivent dans les villes. Le slogan de ma marque est ‘la liberté de mouvement dans le corps et dans l’esprit’ et les gens qui aiment mes vêtements veulent choisir quelque chose de lumineux dans ce monde gris », dit-t-elle. « Quand vous touchez le tissu en chanvre, vous vous sentez reconnecté avec la nature ».

L’essor des tissus naturels en Israël :

Les experts de l’industrie affirment que la demande en matériaux et en moyens de production provenant de sources durables est en hausse parmi les stylistes israéliens.

« Aujourd’hui, beaucoup de gens se renseignent sur comment se procurer des tissus durables –  même les grandes entreprises m’approchent et me demandent si nous pouvons leur trouver des fabricants durables », dit Alex Fridman, PDG de l’Association israélienne de la mode et du textile (IFT). Celle-ci souligne le contraste avec la situation d’il y a cinq ans, lorsqu’il n’y avait qu’un seul styliste israélien qui travaillait selon cette conscience environnementale. « Malheureusement pour nous, la plupart de l’industrie textile locale a déménagé à l’étranger et il n’est donc pas aussi facile d’acheter des tissus naturels fabriqués en Israël », ajoute-t-elle.

Nina Skibnevsky a elle-même rencontré des problèmes d’approvisionnement dans son entreprise. Elle se procure actuellement ses tissus de chanvre et de bambou auprès d’un fabricant en Chine – selon elle, ce pays a une longue histoire de production de chanvre fin qui permet d’obtenir des vêtements plus doux.

« Il est difficile pour un propriétaire de petite entreprise d’atteindre un haut niveau de durabilité », dit Nina Skibnevsky, en reconnaissant que ses matériaux proviennent du monde entier. « Chaque fois que je peux choisir une pratique plus verte et éthique, je le fais ; mais parfois, je suis obligée aussi de réduire mes coûts, jusqu’à ce que j’aie assez d’envergure, ou plus d’argent à investir. Le chanvre en soi est durable, mais je cherche toujours des idées pour être encore plus écologique. Par exemple, j’adorerais que mes emballages et mes cartes de visite soient aussi en chanvre ».

Alors que les modèles sont conçus en Israël, les vêtements de Haptic Path sont produits en Russie, où Nina Skibnevsky a grandi. Là-bas, elle travaille avec une coopérative de femmes à Moscou, donnant aux mères célibataires comme elle les moyens de gagner de l’argent pour subvenir aux besoins de leur famille. « Ce n’est pas tellement lié à l’environnement, mais c’est un autre point que je trouve très important », dit-elle.

Les vêtements sont produits en petites quantités à l’avance à la coopérative, afin de contenir les coûts et d’éviter que les stocks supplémentaires ne soient gaspillés.

À la recherche d’un soutien durable de la mode à l’étranger :

L’un des objectifs de Nina Skibnevsky dans les mois à venir est de tisser un réseau avec des entrepreneurs et des stylistes qui partagent son point de vue, en Israël et dans le monde entier. « Je suis enthousiaste à l’idée de rencontrer d’autres stylistes et de constater que je ne suis pas la seule à  gérer une entreprise qui fait dans le durable », dit-elle. « Nous n’avons pas tant de mode éthique en Israël, et donc tout ceci est encore assez nouveau ».

C’est dans cet esprit que Nina Skibnevsky a assisté à l’Ethical Fashion Show Berlin en janvier 2018. L’événement a été l’occasion de nouer des contacts avec plus de 100 créateurs de mode, acheteurs et blogueurs de toute l’Europe. Bien qu’elle soit la seule marque israélienne présente, l’expérience a montré à Nina Skibnevsky que certains des défis auxquels elle était confrontée étaient de nature universelle.

Par exemple, de nombreux designers ont convenu que l’un des principaux défis de la mode éthique est le marketing, parce que les créations ne pourront jamais être vraiment bon marché. « Pour que les gens choisissent notre marque plutôt qu’une autre, il faut qu’ils soient très bien informés sur le commerce équitable et le commerce durable », explique Nina Skibnevsky. « En discutant avec d’autres stylistes, j’ai réalisé que les créateurs de mode éthique doivent faire des compromis lors du choix des tissus et des fournisseurs, afin de rester rentables. C’est beaucoup plus compliqué que d’être un simple créateur de mode ».

Dans l’ensemble, l’événement a été une expérience positive. « Après cela, j’ai vraiment senti qu’il était possible de s’engager dans cette voie », dit Nina Skibnevsky à propos de son expérience en tant que créatrice de mode et entrepreneure. « Avant, je pouvais uniquement lire des choses sur Internet sur ce qui se passait, sans me sentir soutenue. À présent, le suis plus connectée ».

Une connexion de faite, beaucoup d’autres restent à faire : autant la plupart des clients de Haptic Path sont actuellement courtisés en personne sur les marchés d’Israël, Nina Skibnevsky veut améliorer sa présence dans le commerce électronique pour vendre en ligne. « Je suis sûre qu’il y a beaucoup de gens qui aimeraient mes produits, j’ai juste besoin de construire ce pont », dit-elle à propos de ses efforts de marketing en ligne.

Et même si les gens sont plus susceptibles d’acheter ses vêtements parce qu’ils sont élégants et confortables, Nina Skibnevsky dit que ces derniers participent d’une lente transformation de la mode. « Même s’ils ne se soucient pas de l’écologie, nous avons une chance de les sensibiliser à la mode durable. Ils font malgré tout un meilleur choix ».

Pour en savoir plus sur Haptic Path, visitez son site Web, retrouvez-la sur Etsy, ou consultez sa page Facebook.

Photos: Avec la permission de Haptic Path.

Hilary est journaliste, photographe et créatrice. Elle adore travailler avec les entrepreneurs pour partager leurs histoires et elle le fait partout dans le monde.Hilary Duff
Avec le tissu en chanvre, les vêtements durables sont sublimés | The Switchers
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