12 Oct 2018
Amman, Jordanie
Efficacité des ressources et gestion durable des déchets

Nour Nsheiwat, qui, pendant trois ans, a été décoratrice d’intérieur chez le plus grand détaillant de meubles du monde, Ikea, connaît les ficelles de la création d’une œuvre d’art. Même si au départ, Nour pensait seulement en faire une expérience freelance, le recyclage des meubles devient vite une activité à part entière pour elle et son mari, Nabil Haddad. « C’était une de ces histoires que l’on se raconte, avant que la vie ne nous surprenne », dit Nour Nsheiwat.

Tout commence quand Nour devait se marier et peinait à trouver des meubles de qualité. C’est alors qu’elle se rend dans quelques parcs à ferraille où elle passe au crible les vieux meubles et du matériel dont les gens se sont séparés. « Je connais le marché des ferrailles et des brocantes depuis l’époque où mon passe-temps était de recycler des meubles que je rachetais pour les offrir à mes amis ; comme une commode recyclée, par exemple », raconte Nour.

Comment tout cela est devenu un métier :

De fil en aiguille, la transformation de pièces considérées comme des déchets en objets de valeur devient une « tradition » dans la famille Nsheiwat-Haddad. « J’ai commencé à recevoir des demandes de personnalisation et de recyclage d’objets, puis les choses se sont transformées en un système rentable que j’ai appelé N Products, puis plus tard, Hunaya », explique Nour.

L’activité de Nour se fait encore à petite échelle, proposant une boutique modeste et une personnalisation des meubles sur commande. « Cela nous a donné l’occasion de nous concentrer davantage sur les articles de restauration et les transactions interentreprises », dit-elle. Même si aucune publicité directe n’a été prévue, le restaurant Shawerma Zarb a joué un rôle dans la diffusion d’informations sur les merveilles recyclées de Hunaya.

En raison de l’industrialisation et de l’afflux croissant de réfugiés dans le pays du Moyen-Orient, la question des déchets solides prend de l’ampleur, surtout que le nombre des sites d’élimination et d’usines de recyclage est limité. Ce manque d’infrastructures rend la récupération et le recyclage difficiles ; pour la société, il s’agit d’une lourde charge, et ceci montre bien que la prise de conscience reste insuffisante sur le sujet.

Malgré cela, le petit univers de Nour réussit à faire connaître son travail et à concevoir des meubles recyclés pour un restaurant en Allemagne. Cela faisait partie d’une initiative parallèle que Nour et son mari avaient appelée ‘De la guerre à l’amour’. « Nous avons cherché d’anciennes chaises syriennes ainsi que des objets rescapés de la guerre que nous avons convertis en jardinières. À présent, nous transformons la guerre en amour à travers ces déchets de guerre puisque ces chaises vivront éternellement pour raconter l’histoire de l’époque où nous les importions de Syrie, et non plus celle de la guerre », explique-t-elle.

Technique et matériaux :

Le choix des matériaux et des techniques de Hunaya pour le recyclage est loin d’être arbitraire. Les styles et les idées empruntent des thèmes d’époques révolues. Par exemple, les tabourets du restaurant Shawerma Zarb sont massivement inspirés de tabourets utilisés par les fermiers pour la traite des vaches.

« La plupart des matériaux à base d’eau sont généralement importés d’Italie et peuvent être très coûteux. Je fabrique donc mes propres produits et pour nos articles de cuisine, nous utilisons de la cire ou de l’huile d’olive au lieu d’autres huiles qui peuvent contenir des produits chimiques et qui, si elles sont mélangées à des aliments, peuvent être toxiques », explique Nour en mettant en avant la simplicité de ses techniques.

La clientèle de Hunaya varie selon les interentreprises et leurs clients. « Les articles personnalisés sont difficiles à obtenir et je ne peux les réaliser que lorsqu’il s’agit d’une grosse commande, comme pour un hôtel ou une école ; alors, nous proposons des modèles commerciaux différents. Ainsi, le B2B peut concerner un restaurant ou un café, tandis que le B2C peut être destiné aux ménages et pas nécessairement pour les familles ; je reçois aussi des demandes individuelles », explique Nour.

Parmi les autres clients de Hunaya figurent des photographes qui utilisent les objets de Nour pour la photographie conceptuelle, ainsi que des joailliers qui utilisent les créations de Hunaya pour leurs expositions. « J’ai cru que je n’allais vendre mes produits qu’aux expatriés car ils sont plus susceptibles de connaître les tendances qu’ils veulent suivre, mais j’ai été surprise de voir les locaux demander mes produits », ajoute Nour avec fierté.

Il y a une chose que Nour s’apprête à développer : une boutique en ligne. « Nous avons récemment créé une boutique-vitrine dont nous envoyons l’adresse par e-mail pour les personnes intéressées par nos produits », explique Nour, ajoutant qu’elle envisage de déployer ses articles via le célèbre site e-commerce, Etsy.

Certes, l’entrepreneure et artiste jordanienne a encore du pain sur la planche, mais elle trouve temps de donner quelques conférences dans les universités sur le recyclage et la récupération, en racontant son histoire pour intéresser les jeunes générations.

 

Pour en savoir plus sur Hunaya, consultez sa page Facebook.

Photos : Avec l’autorisation de Hunaya.

Eman rédactrice et journaliste spécialisée dans la finance et dans les startups orientées écosystème.Eman El-Sherbiny
Une décoratrice jordanienne transforme des meubles d’occasion en petites merveilles | The Switchers
Traduction : Lilia Bacha.
Hunaya Efficacité des Ressources & Gestion durable des déchets
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