26 Jan 2018
Césarée, Israël
Efficacité des ressources et gestion durable des déchets, Transport Durable

Comme avec n’importe quelle startup, les fondateurs de la Cardboard Technologies ont dû faire face à certains défis lorsqu’ils ont rendu public leur produit en 2013, mais créer de la demande n’en faisait pas partie. Pourtant, c’est l’inverse qui s’est produit : pulvérisant la défiance des défaitistes qui avaient stipulé que l’idée ne marcherait jamais, le vélo en carton est devenu l’objet de l’une des campagnes les plus virales de l’année.

Le vélo en carton controversé a été relayé par les médias du monde entier, exposé au Sommet de l’Innovation Sociale des Nations Unies, et a retenu l’attention de Coca Cola, qui a commandé 300 000 vélos de la marque. Puis, en pleine renommée et en pleine gloire, la société disparaît.

« Ça, c’était ce que nous avions appelé notre ‘mode furtif’ ; et c’est seulement maintenant que nous faisons notre sortie », dit Nimrod Elmish, cofondateur et co-PDG de la Cardboard Technologies.

Les débuts du vélo en carton :

Pour comprendre les raisons du mode furtif, il vous faut d’abord comprendre le vélo et son inventeur Izhar Gafni.

Ce fondateur et inventeur à la Cardboard Technologies fait du vélo depuis qu’un touriste lui a donné sa première bicyclette lorsqu’il était adolescent. Il se rappelle la date exacte où il a eu l’idée du vélo en carton : le 14 juin 2008.

« J’ai arrêté de faire tout ce que j’étais en train de faire et je suis allé au magasin de vélos pour demander s’il y avait un vélo qui aurait été fabriqué en carton. On m’a jeté un regard perplexe et on m’a répondu ‘non’. C’est là que j’ai su que c’est moi qui le fabriquerais », dit il en riant.

Izhar Gafni a choisi le carton pour réduire les déchets et en raison de sa prédominance dans le monde entier. Il pense que les gens ont tendance à sous-estimer certains matériaux, croyant que ces derniers ne servent qu’à une seule chose – disons, l’expédition de colis….

« Les gens pensent que vous êtes fou quand vous leur dites que ce matériau peut être utilisé pour faire beaucoup de choses. Il y a encore des acteurs de l’industrie du carton qui nous en veulent d’avoir touché à ce qui était si conventionnel ». Fou ou pas, le vélo en carton a le potentiel de réduire une partie des 34 millions de tonnes de déchets d’emballages générés dans l’Union Européenne chaque année.

Quant à la façon dont le carton passe du recyclage à la bicyclette, il s’avère que nous sommes là face à une forme d’art.

Créer (et protéger) le vélo en carton :

Le vélo en carton a parcouru un long chemin depuis le prototype 2, que l’équipe avait baptisé la « boîte sur roues » ou « un tas de m**** » comme l’appelle Izhar Gafni plus familièrement.

Inspiré de l’art japonais de l’origami, le vélo en carton est fabriqué en coupant et en pliant du papier, créant un matériau solide qui peut supporter un poids important et résister au temps. En plus des pièces en carton rendues imperméables à l’eau et ignifuges grâce à l’utilisation d’un matériau d’étanchéité, le vélo comporte des composants en plastique fabriqués à partir de bouteilles recyclées et d’autres déchets. La chaîne est obtenue à partir de caoutchouc recyclé. Au total, il en coûtera moins de 20 $ à produire dans une chaîne de production automatisée, qui représente une partie essentielle de la technologie de l’entreprise.

« Je me suis vite rendu compte ce n’était pas la solidité du carton qui posait problème, mais le fait qu’il n’existait pas de véritable technologie pour faire ce que je voulais faire » dit Izhar Gafni. Non seulement la Cardboard Technologies a dû littéralement réinventer la roue, mais elle a aussi dû créer la chaîne de production pour le faire.

Avec les innovations vient la nécessité de protéger les idées. Ilan Cohn est associé principal chez Reinhold Cohn, l’un des principaux cabinets de propriété intellectuelle en Israël qui gère les droits de la Cardboard Technologies.

Selon celui-ci, l’entreprise possède actuellement environ 150 brevets déjà déposés, et tout autant en attente. Ces brevets protègent à la fois le design des bicyclettes, les éléments qui les constituent et la technologie de la chaîne de production.

Et si le boom publicitaire de 2013 a provoqué une sur-demande pour un produit encore à l’état de prototype, il a également posé problème quant à l’enregistrement des brevets. « Si on vous fait de la publicité trop tôt, surtout dans le domaine des nouvelles technologies, cela peut compromettre votre capacité à protéger l’innovation ultérieurement », dit Reinhold Cohn. « Votre produit entre dans le domaine public, ce qui signifie que les gens feront tout pour innover en parant de votre idée dans le but de se l’approprier ». En d’autres termes, le design du vélo aurait pu être remis en question par un autre inventeur.

Selon Reinhold Cohn, ce qu’il appelle le mode furtif a donné à l’entreprise le temps de s’assurer le marché des brevets et d’acquérir toute la propriété intellectuelle nécessaire à la création de ses produits. Ce n’est pas l’étape la plus ‘excitante’, mais il n’empêche que c’est une étape importante.

La puissance de la pédale prête pour la production :

C’est sur cet aspect que la Cardboard Technologies s’est concentrée au cours des cinq dernières années – en passant par la tâche ‘pas excitante’ mais nécessaire de s’assurer le marché des brevets, et en travaillant après coup pour trouver comment produire en masse le vélo qui a fait du tapage dans le monde entier.

« Aujourd’hui, il ne s’agit pas de savoir si cela fonctionnera, mais quand cela fonctionnera », dit Izhar Gafni, en comparant la situation actuelle de leur vélo à celle lors de la période du boom publicitaire. « En 2013, ce ‘si’ était encore valable en raison de l’importance de la technologie qu’il restait à développer ».

« Nous avons subi une publicité à laquelle nous n’étions pas préparés, et nous ne pouvions pas assumer cette publicité pendant les trois années ou plus qui étaient nécessaires à la production. Ce fut un désastre », se souvient Nimrod Elmish. « La fermeture complète était l’une des meilleures suggestions que m’avait faites l’un de nos principaux investisseurs ».

Sur ce conseil, la Cardboard Technologies a mis fin à la campagne de financement participatif du vélo, a remboursé les partisans, a gelé son site Web et a cessé toute publication sur les médias sociaux. La publicité et la dynamique du marché ont laissé place à la recherche et au développement, à plus de prototypage et de production.

Enfin, cinq ans après ce premier lancement, la Cardboard Technologies s’apprête à fabriquer et à vendre son premier vélo. Plutôt que de concevoir un vélo pour adultes, l’entreprise se concentre, en priorité, sur la production de masse de son vélo-équilibre – un tricycle qui aide les enfants à s’habituer à la conduite.

« C’est comparable au premier tricycle que reçoit n’importe quel enfant coûtant souvent autant qu’un vélo ordinaire mais dont la durée de vie est beaucoup plus courte », dit Nimrod Elmish. Son prix plus abordable (entre 39 $ et 49 $) et son poids léger (2,5 kg) font du vélo-équilibre en carton une option plus réaliste financièrement. Et parce que les vélos pour enfants sont considérés comme des jouets, il y a un peu moins de failles dans la réglementation ».

La production de masse commencera en mars 2018 en Israël, et Nimrod Elmish indique que de gros détaillants et d’autres fournisseurs nord-américains se sont déjà arraché les deux premières années de production – environ 500 000 vélos par an.

Quant au lancement, Nimrod Elmish indique qu’il sera plus discret que l’ancienne campagne de marketing viral.

Du carton pour le bien commun :

Les bicyclettes ne sont pas le seul produit que la Cardboard Technologies produira. La prochaine ligne de production créera un fauteuil roulant en carton qui est déjà entièrement développé en tant que produit – et ensuite le vélo pour adultes. Si les délais de l’entreprise sont respectés, Nimrod Elmish indique que ces trois produits seront prêts dans les 18 à 24 prochains mois. Izhar Gafni a même développé le prototype initial d’une voiture en carton.

« Nous voulons aussi créer des logements pour la gestion des zones sinistrées », explique Nimrod Elmish, en faisant référence aux structures construites dans les camps de réfugiés ou après une catastrophe naturelle. « Les maisons en carton seraient rapides à construire, peu coûteuses et solides. Du reste, c’est comme faire du LEGO ».

Quel que soit le produit, le plan est de créer des lignes de production dans le monde entier afin de fournir des vélos à bas prix, sinon gratuitement, aux familles et aux individus qui en veulent, qui ne peuvent pas se les payer, et qui les recevront par le biais de projets de responsabilité d’entreprise.

Malgré les dures leçons du passé, Izhar Gafni et Nimrod Elmish restent énergiques et optimistes. Après tout, que sont quelques obstacles quand on a finalement accompli un voyage sur un vélo en carton que tout le monde disait impossible ?

 

Pour en savoir plus sur la Cardboard Technologies consultez son site Web, sa Page Facebook, ou retrouvez-la sur YouTube.

Images : Avec la permission de la Cardboard Technologies.

Hilary est journaliste, photographe et créatrice de choses. Elle adore travailler avec les entrepreneurs pour partager leurs histoires et elle l'a fait partout dans le monde.Hilary Duff
Souvenez-vous des entrepreneurs qui ont imaginé un vélo en carton : que sont-ils devenus ? | The Switchers
Traduction : Lilia Bacha
Cardboard Technologies Efficacité des ressources & gestion durable des déchets, transport durable
Nous suivre: