12 Juil 2018
Tunis, Tunisie
Aliments et agriculture durables

La quantité de nourriture gâchée rien qu’en Afrique pourrait nourrir 300 millions de personnes. Au-delà des statistiques, les déchets alimentaires sont considérés comme la troisième source de dioxyde de carbone, juste après les rejets occasionnés par les États-Unis et la Chine. Khadija Delaval avait les connaissances préalables pour enrayer ce problème chronique, dans la mesure du possible pour une seule personne.

« Cuisinez vos restes ! », voilà ce que dit Khadija à propos de son approche qui consiste à imaginer une cuisine végétarienne avec zéro gaspillage alimentaire. La cuisinière avisée lance son initiative en 2016, après avoir quitté Genève pour s’installer à Tunis. Basé à La Soukra, au centre de Tunis, Namnamfood propose une solution fraîche tout en informant le public sur les déchets alimentaires et la manière de les réduire.

« C’est difficile de toucher la population locale, mais je fais ce que je fais dans l’espoir que cela aura un impact sur les gens et l’environnement », confie Khadija.

Minimiser le fardeau environnemental à chaque étape du processus :

L’entrepreneure tunisienne est également consciente de l’importance de la façon dont les denrées alimentaires sont manipulées et distribuées, si l’on veut être fidèle au concept ‘de la ferme à la table’. « Je fais toujours appel à des fournisseurs locaux, sauf en ce qui concerne les assaisonnements », précise Khadija. « Je fais beaucoup de cuisine métissée et j’utilise des assaisonnements du Japon, ainsi que des recettes japonaises avec des assaisonnements locaux ».

Selon Khadija, Namnamfood se démarque à Tunis surtout en tant qu’entreprise éco-responsable. À la limite de l’activisme environnemental, Namnamfood a prospéré à Tunis, une ville ouverte, s’adaptant facilement aux changements sociaux et politiques.

Changer la scène alimentaire à Tunis, ‘plat à plat’ :

Khadija est fière de concocter des plats qui comportent des protéines végétales comme le houmous. « Quand j’ai lancé ma campagne de hashtag #tayebzebeltek, qui signifie ‘cuisine ta poubelle’ en tunisien, les gens ont imaginé qu’ils allaient manger de l’herbe. Mais maintenant, ils viennent en s’attendant à des plats végétaliens et végétariens », dit Khadija.

Bien que Khadija ne diffuse pas sa vision de manière directe, en offrant des ateliers par exemple, elle utilise les médias sociaux – en particulier Instagram – pour partager ses plats et ses recettes. « Les noms que je donne aux plats peuvent susciter une prise de conscience et les gens sont surpris lorsqu’ils découvrent la composition de ces plats », explique-t-elle.

Parmi les défis qu’elle rencontre souvent, il y a le manque de sensibilisation chez les fournisseurs, au nombre limité. Ceux-ci ne comprennent pas la vision de Khadija, ce qui réduit la mesure dans laquelle ils peuvent participer à son mouvement.

Il y a un autre problème commun à tous les entrepreneurs, qui est le financement. Khadija dépend uniquement des revenus de son entreprise, avec zéro gaspillage alimentaire. « C’est plus une question d’équipement : je travaille à domicile, je ne fais pas de livraisons et je n’utilise que des contenants durables comme les Tupperware en verre », dit Khadija.

L’expansion au-delà de Tunis n’est pas dans les plans de Khadija, à moins que cela ne vienne naturellement par le biais de partenariats. « Mon entreprise est ce que je peux gérer par moi-même, et elle ne s’étend pas au-delà de ce que je peux contrôler moi-même. C’est pour cette raison que vous me trouverez toujours dans les petites entreprises », ajoute Khadija. Celle-ci envisage de déployer ses idées dans les mouvements alimentaires qui existent à travers toute la Tunisie. « Les Tunisiens aiment les tendances et ce qui est à la mode, et je peux utiliser cela pour présenter mes produits afin d’avoir un plan stratégique ».

L’équipe de Khadija est composée de trois employés à temps-plein, dont elle-même. Son mari, Franck Delval, est son partenaire numéro un. Il est chargé d’accueillir les gens et de les mettre à l’aise. « Les gens paient plus d’argent que ce à quoi ils sont habitués, alors ils s’attendent à une explication de ce que nous faisons, parce que la chose est nouvelle pour eux », fait remarquer Khadija.

Ayant étudié le droit et l’anthropologie sociale – si loin de la nourriture et de la cuisine – Khadija a développé son entreprise d’une manière à la transformer en tendance. « Au début, c’était une façon de gagner ma vie, mais [l’entreprise] a évolué et s’oriente vers quelque chose qui a du sens », ajoute-t-elle.

Le mari de Khadija, Franck Delaval, reprend ce discours en chœur en déclarant que Namnamfood propose des aliments complètement frais et nouveaux sur la scène alimentaire tunisienne. « La réputation a dépassé les cercles des premiers convertis [végétariens] qui recherchent une nourriture plus naturelle et plus saine sans compromettre le goût et l’originalité », explique-t-il. Il ajoute que l’entreprise fait bon usage des produits disponibles et partage sa culture avec les clients qu’il considère comme des partenaires.

 

 

 

 

Pour en savoir plus sur Namnamfood, visitez son blog et page Facebook.

Photos : Avec la permission de Namnamfood.

Eman est la rédactrice en chef des Switchers et journaliste spécialisée dans la finance et dans les startups orientées écosystème.Eman El-Sherbiny
Cette initiative tunisienne vous encourage à « cuisiner vos restes » | The Switchers
Traduction : Lilia Bacha
Namnamfood Aliments biologiques & Agriculture
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