15 Août 2018
Al-Karak City, Jordanie
Efficacité des ressources et gestion durable des déchets

Amal J. Madanat a grandi dans l’espoir de créer une nouvelle Jordanie pour elle-même et pour les générations futures : une Jordanie libérée des montagnes de déchets qui ravagent le pays depuis des décennies. Payant de sa propre poche, Amal a passé les huit dernières années à diriger une multitude d’activités scolaires, encourageant les enfants à repenser leurs comportement en matière de déchets. Elle a également réalisé un documentaire, organisé des expositions publiques et sillonné les rues pour ramasser les ordures. Maintenant, elle veut mettre sur pied une organisation à but non lucratif qui lui permettrait de développer sa grande passion : enseigner aux enfants jordaniens l’importance vitale du recyclage et le potentiel d’objets qu’ils considèrent simplement comme des « ordures ».

Lorsque des enfants font des projets pour la vie adulte, certains emplois les séduisent plus que d’autres. Le monde serait peuplé de médecins, de pilotes et de policiers si tous ces premiers rêves se réalisaient.

Amal Madanat a grandi dans les années 1960 dans la ville d’Al-Karak City, au sud de la Jordanie, avec un objectif très différent en tête. « J’ai regardé des films et des émissions de télévision d’autres pays et j’en ai été jalouse, dit-elle, alors mon rêve d’enfance était de voir mon pays propre ».

La Jordanie a un problème de détritus qui devient alarmant. Les ordures s’éparpillent à travers le pays, s’empilant les unes sur les autres face à des éboueurs débordés. Le projet de recherche allemand Litterbase montre que l’un des sites les plus pollués du monde se trouve au large de la côte jordanienne devenu hôte involontaire de plus de 10 milliards de détritus par kilomètre carré.

La détermination d’Amel pour l’environnement a été quelque peu reléguée au second plan pendant des années, quand elle s’est lancée dans une carrière de travailleuse sociale. Mais ses rêves de jeunesse prennent leur revanche en 2010. A l’âge de 50 ans, Amel prend sa retraite et commence à se consacrer à deux causes – s’occuper de sa mère malade et combattre le problème des ordures en Jordanie.

« Ma famille m’a demandé : es-tu folle ? Vas-tu ramasser les ordures dans les rues et les rapporter à la maison ? », raconte-t-elle en riant.

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De la maison à la société :

Amel commence sa campagne anti-déchets personnelle par elle-même, en changeant ses propres habitudes dans le but d’avoir – comme elle le dit – « pas de plastique dans ma vie ». Elle commence à réfléchir à deux fois avant d’acheter ou de jeter quoi que ce soit, en boycottant tous les articles en plastique à usage unique comme les bouteilles d’eau. Elle utilise plutôt des systèmes de traitement de l’eau domestique, qui sont plus respectueux de l’environnement.

Tout ce qu’elle achète doit être lavé et trié avant d’être remis à une personne dont le rôle est central dans la campagne anti-déchets d’Amel : Abu Ali est l’un des nombreux trieurs de déchets informels qui passent au peigne fin les tas d’ordures d’Amman Ouest, à la recherche de biens mis au rebut qui peuvent être récupérés ou convertis en quelque objet de valeur. Abu Ali récupère les déchets triés de Amel et les vend à une entreprise de recyclage pour subvenir aux besoins de sa famille.

Pour Amel, des gens comme Abu Ali sont « les experts invisibles du recyclage en Jordanie ». Ils créent de la productivité à partir des déchets jordaniens à la vue de tous, mais beaucoup considèrent leur profession comme dégoûtante ou embarrassante.

Les efforts plus importants d’Amel ont commencé à s’organiser lorsqu’elle a entrepris de coordonner des programmes éducatifs à Dahiyat al-Hussein, une école de son quartier d’Amman. La directrice de l’école Aida Arar a apporté tout son soutien à Amel, partageant la conviction que les nouvelles attitudes à l’égard des déchets doivent commencer avec la jeune génération.

Dans les cours d’Amel, les étudiants apprennent l’importance du recyclage et comment les habitudes de leur famille affectent le monde qui les entoure. Ses cours et ses idées incitent les enfants à voir le côté amusant des déchets : par exemple, elle a conçu une nouvelle poubelle avec des cerceaux de basketball sur le dessus pour rendre le tri des matières recyclables plus ludique. Cette initiative a été financée par Aboura Metals Company.

Amel a également présenté les enfants à Abu Ali, ce qui leur a montré non seulement que les déchets n’aboutissent pas dans les décharges, mais aussi qu’il y a un côté très humain dans la position d’Abu Ali. Ce dernier point va à l’encontre des attitudes dominantes en Jordanie où, selon Amel, « nous voyons les recycleurs invisibles avec nos yeux mais pas avec nos cœurs ».

Se passer le mot :

Huit ans après le début de sa carrière militante, Amel s’est de plus en plus diversifiée et se montre de plus en plus ambitieuse. En décembre 2015, elle a été commissaire d’une exposition publique permanente sur les déchets à Dahiyat al-Hussein sous l’égide de la Green Generation Foundation. Le designer syrien Khaled Humsi a conçu le projet et a reçu l’aide de bénévoles ainsi que des écoliers eux-mêmes. Selon les mots de Amel, l’exposition « raconte l’histoire de l’homme avec la terre et ses ressources ».

Peu après, Amel produit un film documentaire avec l’aide du réalisateur libanais Elie Nemri. Le film, intitulé « With Myself I Started », retrace sa résolution de fin de vie de rendre la Jordanie plus propre.

L’année prochaine, Amel veut mettre sur pied une organisation à but non lucratif qui l’aidera à organiser et à financer ses diverses initiatives, qui sont actuellement financées en grande partie par ses propres économies. Bien que l’objectif spécifique de l’organisation n’ait pas encore été fixé, l’éducation y est une priorité.

Le ministère de l’Éducation a apparemment envisagé d’adopter le documentaire « With Myself I Started » comme outil de sensibilisation à la gestion des déchets dans les écoles jordaniennes. L’accent mis sur la jeunesse correspond tout à fait au point de vue d’Amel sur la façon dont la Jordanie pourrait se sortir du désordre – littéralement – qu’elle s’est créé pour elle-même.

« L’éducation est l’outil le plus efficace pour faire évoluer les générations futures, pas la génération actuelle », dit-elle avec conviction. « Il s’agit de leur avenir et ils doivent se battre pour en créer un meilleur ».

 

 

 

Photos : Avec la permission de Amal Madanat.

Depuis qu'il a obtenu sa maîtrise en études du Moyen-Orient l'année dernière, il travaille comme journaliste pigiste à Accra au Ghana et au Caire en Égypte.David Wood
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