13 Mai 2020
Tunis, Tunisie
Mobilité durable

Alors que les magnifiques palais Dar Hussein et Dar Lasram rappellent le passé glorieux de Tunis, le Dar El Bisklette (Maison de la bicyclette), offre une fenêtre plus humble sur l’avenir écologique de la ville. Située au centre ville, cette maison pour les amateurs de vélo n’est qu’une des initiatives de Vélorution Tunisie, une organisation à but non lucratif qui intègre le vélo dans la vie quotidienne des Tunisiens.

Depuis 2017, Vélorution Tunisie sensibilise le public aux bienfaits du vélo en organisant des manifestations de « masse critique » et en adressant des pétitions aux autorités locales pour qu’elles protègent les cyclistes sur les routes chaotiques de Tunisie. La réaction a été extrêmement positive, des ruelles étroites du pays aux couloirs du pouvoir.

Lorsqu’un groupe d’amis a créé Vélorution Tunisie il y a trois printemps, la longue liste des pannes de transport de Tunis se profilait à l’horizon. « Se déplacer dans la ville ne devrait pas être un défi quotidien, ni une torture », explique Stéphanie Pouessel, membre fondateur de Vélorution Tunisie. « Mais nous, les Tunisiens, sommes submergés par les embouteillages, avec leur bruit et leur pollution nocive ».

La science confirme ces observations : des décennies d’urbanisation rapide ont aggravé les embouteillages dans les grandes villes tunisiennes, déversant des quantités insoutenables de gaz polluants dans l’air. Cette tendance destructrice se poursuivra jusqu’à ce que les Tunisiens urbains disposent d’une alternative viable aux déplacements en voiture.

Vélorution Tunisie a protesté contre la mauvaise infrastructure de Tunis pour les cyclistes et les piétons en organisant des manifestations mensuelles de masse critique. Au cours de ces manifestations, de grands groupes de cyclistes parcourent ensemble les rues principales d’une ville, s’assurant ainsi une « sécurité en nombre » par rapport aux voitures et autres véhicules motorisés.

M. Pouessel a été agréablement surprise par la réaction du public aux premiers rassemblements de masse critique en Tunisie. « Dès que nous avons lancé le mouvement, des centaines et des centaines de Tunisiens nous ont littéralement rejoints », se souvient-elle fièrement. « C’était vraiment incroyable !

Depuis lors, Vélorution Tunisie a canalisé cet engouement dans une gamme étourdissante de projets de promotion du vélo. Une « école du vélo » a été ouverte, qui a déjà appris à plus de 500 Tunisiens à faire du vélo. Dar El Bisklette offre un siège aux cyclistes tunisiens pour qu’ils puissent se retrouver, stocker leurs vélos et les faire réparer.

Plusieurs initiatives impliquent directement les pouvoirs publics, afin que les activités de Vélorution Tunisie aient un impact durable. L’équipe travaille avec la municipalité de l’Ariana pour concevoir une piste cyclable de 2,5 kilomètres autour du quartier de Tunis. Les volontaires mènent également des programmes de sensibilisation dans les écoles secondaires du pays, montrant aux jeunes Tunisiens comment rouler – et pourquoi rouler est une bonne idée.

Pour ses projets à grande échelle, Vélorution Tunisie a reçu des fonds du PNUD, de l’Institut français de Tunis, du Goethe Institut et du Fonds canadien d’initiatives locales. L’équipe génère déjà des revenus grâce à des excursions à vélo et à des cours d’équitation, tandis que d’autres projets commerciaux pour Vélorution Tunisie sont en cours de réalisation. Bien entendu, tous les bénéfices sont réinvestis dans les projets de promotion du cyclisme du groupe.

Le gain financier n’entre pas dans l’équation pour les membres passionnés de Vélorution Tunisie. Selon M. Pouessel, la plus grande récompense est de voir comment le vélo peut élargir l’éventail des possibilités des gens. Avec le soutien de Vélorution Tunisie, un groupe de jeunes défavorisés a adopté un « mode de vie à vélo », en proposant des cours de cyclisme et de sécurité routière. Un nombre croissant de femmes peuvent désormais éviter le harcèlement dans les transports publics en se déplaçant sur deux roues.

Pour beaucoup d’autres, une initiation au vélo n’est peut-être pas aussi transformatrice, mais elle est néanmoins incroyablement satisfaisante. Comme le fait remarquer Pouessel : « Une des choses que nous avons apprises, c’est que faire du vélo est encore un rêve d’enfant non réalisé pour tant de personnes en Tunisie ».

Pour en savoir plus sur Vélorution Tunisie, consultez leur site internet, Facebook et Instagram.

Photos avec l’aimable autorisation de Vélorution Tunisie

David Wood est un journaliste et chercheur indépendant basé à Beyrouth. Il a précédemment travaillé au Caire.David Wood
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