08 Mai 2018
Beyrouth, Liban
Efficacité des ressources et gestion durable des déchets

Au Liban, les ordures sont un casse-tête. Elles finissent sur les plages et jonchent les rues, dégageant des odeurs putrides et polluant les cours d’eau. Souvent, les déchets sont brûlés, envoyant des panaches de fumée dans l’air, menaçant ainsi la santé des habitants vivant à proximité. Depuis quelques années, le Liban capte l’attention internationale en raison de l’absence d’un plan de gestion des déchets dans le pays : depuis la fermeture de la décharge principale en 2015, il n’y a eu aucune stratégie efficace pour traiter les déchets. Mais un entrepreneur veut changer les choses en redonnant une nouvelle vie au plastique usagé. Il construit des murs avec des bouteilles repêchées parmi les déchets.

On estime que chaque année, 200 000 tonnes de plastique sont déversées au Liban. Ce fait a interpelé l’architecte Marwan Sfeir de MS Architects, qui a eu l’idée de construire quelque chose de simple et d’artistique qui aiderait aussi à préserver l’environnement.

Son concept, qu’il a appelé Easy Wall, consiste à assembler des cubes de plastique colorés, faits à partir de bouteilles recyclées.

« Ces cubes peuvent être utilisés dans l’aménagement intérieur », dit Marwan. « Il peut s’agir de cloisons basses, ou nous pouvons aussi créer des meubles comme des chaises et des tables. Nous avons intégré des lumières LED dans les cubes pour créer un éclairage indirect, ce qui donne un effet artistique ».

Les cubes fonctionnent comme des Legos et sont conçus pour s’assembler dans une multitude de configurations différentes ; on peut les réarranger autant de fois que l’on souhaite, sous n’importe quelle forme désirée.

Marwan a grandi dans la petite ville d’Antoura, au Liban, à environ 20 kilomètres de Beyrouth. Il est allé à l’Université du Liban où il a obtenu une maîtrise en architecture. Il prépare actuellement une maîtrise en aménagement paysager.

« L’environnement est vraiment important pour moi », dit-il. « Je vis dans une petite maison entourée de jardins et je suis très attaché à la nature ».

Fabrication des murs en plastique :

Il faut 40 à 60 bouteilles en plastique pour qu’un mur puisse être achevé, selon la taille souhaitée. Les bouteilles en plastique sont collectées par des ONG au Liban. Celles-ci les déchiquettent ensuite et les vendent à Easy Wall.

« Nous créons des cubes de trois tailles différentes, comme les Lego », explique Marwan. « Chaque cube est esthétique, coloré, résistant au feu et a un impact positif sur l’environnement ».

Les architectes et les ingénieurs s’assurent que les cubes ont une bonne résistance et une bonne stabilité.

Des murs-Lego sont peut-être la meilleure solution pour gérer les déchets au Liban | The Switchers

Marwan explique qu’il travaille sur le concept d’Easy Wall depuis un an et demi maintenant, et qu’il ne l’a pas encore lancé sur le marché.

« Dans un premier temps, nous commercialiserons le mur auprès de décorateurs d’intérieur », développe-t-il, « et nous travaillerons avec les ONG qui ont besoin de créer un espace pour les réfugiés au Liban. Ces murs sont si rapides et faciles à construire qu’ils pourraient permettre aux réfugiés de se loger. Il y a actuellement 1,5 million de réfugiés au Liban ».

Les autres marchés cibles sont les centres commerciaux, les entrepreneurs, les détaillants et les grossistes en matériaux de construction.

C’est une petite solution à un gros problème au Liban, qui s’aggrave d’année en année. En janvier 2018, d’énormes piles de déchets ont été rejetées sur le rivage, jonchant les belles plages du pays de sacs et de bouteilles en plastique.

Dans une intervention à la CNN, Ziad Abi Chaker, qui œuvre à améliorer l’environnement au Liban depuis son adolescence, déclare : « C’est ce qu’on appelle le plastique PT. C’est l’un des plastiques les plus chers que l’on puisse trouver, et il est entièrement recyclable, recyclable à l’infini ».

Il explique qu’une plage peut contenir facilement l’équivalent de 10000 $ de plastiques recyclables.

Parmi les solutions proposées, il y a l’incinérateur ; mais l’ingénieur en environnement Ziad Abi Chaker explique à la CNN que ce n’est pas le plus indiqué pour le Liban : « en Europe et aux Etats-Unis, il y a des réglementations très strictes sur les émissions. Ici, qui garantira qu’il n’y aura pas d’émission de dioxines et de furannes dans l’air ? Tous ces gaz sont cancérigènes ».

Autant de raisons pour recourir à une solution comme Easy Wall, qui recycle les déchets en plastique pour fabriquer des meubles utiles.

L’avenir d’Easy Wall : 

Easy Wall en est encore à ses premiers pas, mais Marwan a de grands objectifs pour l’organisation. Au cours de la première année, il espère recycler 10 tonnes de plastique, et cette quantité passera à 1 000 tonnes d’ici la cinquième année.

L’équipe projette de lancer sa propre usine d’ici la deuxième année de fonctionnement et d’employer 15 personnes.

Mais pour l’instant, Easy Wall se focalise encore sur le financement, et sur le contact avec les investisseurs et compte sur l’aide de SwitchMed.

« Nous bénéficions d’une subvention par le biais de SwitchMed maintenant, et cela nous aide aussi à nous mettre en relation avec d’autres sources de financement potentielles », dit Marwan.

Il espère qu’un jour, les entreprises achèteront des blocs d’Easy Wall en masse, contribuant ainsi à préserver l’eau et l’air du Liban pas à pas : de bouteille en plastique en bouteille en plastique.

 

Photos : Avec la permission de Easy Wall.

Kristin Hanes est une journaliste passionnée par l'environnement, la durabilité et la science. Elle adore raconter les histoires des gens qui font une réelle différence dans le monde.
Des murs-Lego sont peut-être la meilleure solution pour gérer les déchets au Liban | The Switchers
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