21 Juil 2017
Nefzawa, Tunisie
Efficacité des ressources et gestion durable des déchets

Depuis des siècles, les oasis sont un moyen de subsistance et une source de nourriture pour les habitants du vaste désert. Empruntant son nom à une tribu semi-nomade du Sahara, le Nefzawa (pouvant s’écrire aussi Nefzaoua) est l’une des plus anciennes et plus importantes oasis de Tunisie et de l’Afrique du Nord. Toutefois, le Nefzawa est sérieusement menacé et croule littéralement sous les résidus de ses propres palmiers.

Pour empêcher une catastrophe écologique et résoudre le problème, Fethi Dkhil, ingénieur agroalimentaire, met en place Jinen Nefzawa (les jardins de Nefzawa, en arabe). Le but de cette entreprise est de transformer les déchets provenant des chutes des palmiers en compost qui enrichit la structure du sol et qui améliore sa productivité.

Les problèmes liés aux déchets provenant des palmiers :

Le Nefzawa est situé dans le sud-ouest de la Tunisie et couvre une surface de 2,208 millions d’hectares, dont 15 300 hectares d’oasis. Et à l’instar de la plupart des oasis d’Afrique du Nord, le Nefzawa n’est pas en mesure de traiter correctement les déchets provenant de ses palmiers.

Cette situation préoccupante est due à la grande quantité de déchets d’une part, et au défaut de dispositifs pour gérer les déchets de l’autre. Ceci contraint les agriculteurs à éliminer eux-mêmes les déchets en les brûlant. Le souci est que l’incinération des déchets dans un espace ouvert libère des substances toxiques dans l’air et à travers le sol et les nappes phréatiques, comme la fumée et les cendres. Cette technique est largement contestée car elle menace gravement la santé et occasionne des dommages importants à l’environnement.

« Nous essayons de revendre le plus de déchets de palmiers possible à un petit prix à des gens qui peuvent en tirer profit, mais  le plus souvent, nous ne pouvons pas faire autrement que de les brûler pour les éliminer », dit Mohamed Selmi, agriculteur et habitant dans le gouvernorat de Kébili dans la région du Nefzawa. « La pollution est un énorme problème ici, vu que le plus gros des déchets est incinéré, parce que nous ne disposons pas d’assez de décharges à proximité ».

Expert dans ce domaine, Fethi Dkhil semble être la personnes la plus à même d’imaginer une solution au Nefzawa. Selon lui, le plus gros problème relatif aux déchets des palmiers est que ces derniers sont secs et riches en cellulose, ce qui implique que si l’on veut les transformer en compost, il faut préalablement les broyer.

En réalité, la consommation de moins en moins de produits issus des oasis a augmenté le volume des déchets. Ces derniers, en retour, servent de refuge aux insectes et arachnides, notamment les moustiques et les scorpions. À présent, la prolifération des nuisibles et des maladies, associée à l’appauvrissement de la biodiversité, remet en cause la survie-même de l’oasis.

L’initiative :

L’entreprise ‘verte’, connue sous le nom de Jinen Nefzawa, a été lancée en février 2009. Son but est de recycler et traiter tous les déchets provenant des palmiers d’une manière durable. Les déchets traités seraient ensuite enrichis pour produire un compost fertilisant qui sera employé par les agriculteurs de toute la région.

Selon Fethi Dkhil, le besoin d’engrais organiques est en hausse régulière. La nature du sol de l’oasis, qui est pauvre en matières organiques, requière l’utilisation de déchets après transformation en compost pour le fertiliser.  Vu le manque de fumier, le compost peut être utilisé comme un complément ou comme engrais.

« Après le processus de compostage, la matière est recyclée sous forme organique à travers le sol jusqu’aux palmiers et plantations environnantes », explique Fethi Dkhil.  « Le compost réduit considérablement les maladies des palmiers et améliore à la fois la qualité et la productivité de ces derniers ».

Les agriculteurs au Nefzawa ont toujours entrepris de préserver l’oasis qu’ils ont héritée de leurs ancêtres, et avec l’initiative de Fethi Dkhil, ils sont plus susceptibles de comprendre qu’il n’est pas très compliqué d’obtenir du compost à partir des déchets des palmiers, que cela est rentable, et que cela libère de l’espace dans les décharges.

« Nous collectons les déchets organiques que les agriculteurs doivent déjà transformer en engrais, chose dont ils sont besoin », déclare Fethi Dkhil. « Le compost peut leur épargner l’achat d’engrais chimiques coûteux et la perturbation de la composition organique du sol », ajoute-t-il.

Entre temps, Jinen Nefzawa travaille en partenariat avec divers organismes régionaux et internationaux, notamment les jardins publics, les municipalités, les institutions régionales de développement agricole comme le Commissariat Régional de Développement Agricole (CRDA), L’Agence de Promotion des Investissements Agricoles (APIA), le Centre Technique pour l’Agriculture Organique et beaucoup d’autres.

Fethi Dkhil explique qu’il est heureux d’avoir pu faire partie de l’histoire de la transformation du Nefzawa en région plus écologique et plus propre. « Nous nous sentons encouragés par les progrès que nous avons accomplis pour faire de ce projet une réalité et nous sommes convaincus que nous pouvons maintenir ce succès », dit-il.

 

Site Web : www.Jinen.com.tn

Photos : Avec la permission de Jinen Nefzawa

 

Oumeima est écrivaine et traductrice le jour, blogueuse la nuit. Actuellement, elle aide les entrepreneurs verts et sociaux à trouver leur voix et à raconter leur histoire.Oumeima Boughanmi
Une nouvelle entreprise transforme les déchets de palmiers en engrais | The Switchers
Traduction : Lilia Bacha
Jinen Nefzawa Efficacité des ressources & Traitement durable des déchets
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