01 Mar 2018
Caire, Égypte
Efficacité des ressources et gestion durable des déchets

Habituellement, les oasis sont l’œuvre de la nature, mais parfois elle ont besoin d’un coup de pouce pour exister. C’est le cas de l’oasis de Sally Hafez Bahgat. Acquise par sa famille en 2003, la future oasis n’était qu’une étendue de désert jaune avec une villa peu attrayante noyée au milieu, à une demi-heure de route du Caire. Une décennie plus tard, cette villa est métamorphosée : désormais, c’est l’un des premiers endroits offrant des ateliers durables créatifs et ludiques aux jeunes générations d’Égyptiens.

Le centre communautaire Oasis a été fondé en 2013 par une mère en mission. Sally Hafez Bahgat, alors âgée de 40 ans, avait toujours élevé ses trois enfants pour qu’ils deviennent des protecteurs de la planète. En famille, ils ont recyclé et planté tout ce qu’ils pouvaient dans les rues – des activités que les camarades de classe de son fils aîné ne comprenaient pas. « Ils se demandaient quel genre de vie nous menions, et il n’y avait pas de communication entre mon fils et les autres enfants », raconte Sally Hafez Bahgat.

Plutôt que de dire à son fils d’ignorer ses problèmes scolaires, Sally Hafez Bahgat a une autre solution : les inviter tous pour une escapade à la ferme dans le désert. « Nous avons planté des arbres et nous avons fait du recyclage », se souvient-elle à propos de cette retraite d’enfants sceptiques. « C’est inhabituel en Égypte de jouer et de planter des arbres dans le désert. J’ai reçu un appel téléphonique d’une mère me demandant ce que je faisais et disant que ses enfants étaient très contents ».

Bientôt, ces mêmes mères se sont jointes au groupe pour des barbecues les weekends dans le désert, les enfants apprenant, plantant des arbres et jouant ensemble. Cette première incursion de Sally Hafez Bahgat dans l’éducation durable fut un succès.

Naissance d’une idée :

Bien que Sally Hafez Bahgat a toujours œuvré pour la durabilité en famille, ce n’était pas sa vocation première. Physicienne de formation et de métier, elle a réalisé qu’elle n’était pas satisfaite de son travail ; elle est alors partie à l’étranger pour trouver sa voie.

« C’était mon premier jour de liberté en tant que femme où je pouvais faire ce que je voulais », dit-t-elle à propos de sa visite d’une semaine en Espagne. « J’ai réalisé que mes moments les plus heureux étaient ceux passés à la ferme en essayant de changer la mentalité des enfants ».

Elle est retournée au Caire revigorée et prête à agir. Grâce à la scolarisation de ses enfants, elle savait que l’environnement était un sujet discuté à l’école, mais que c’était toujours purement théorique. « Ils ne savent pas ce qu’est le recyclage, et ils n’ont jamais planté d’arbre. Ils ne savent même pas à quoi ressemble une chèvre ! » dit-elle en riant. « Ce que j’ai fait, c’était une chose très simple : j’ai créé une ferme alimentée par des énergies renouvelables, où les enfants font tout avec leurs mains et de manière interactive ».

Une oasis éducative dans le désert :

Cette description du centre communautaire Oasis est en dessous de la réalité.

La villa, autrefois abandonnée, est aujourd’hui garnie de meubles recyclés, et la famille Baghat a annexé un nouveau bâtiment appelé Oasis Al Khan. Le centre d’apprentissage aux couleurs vives est construit dans le style de  Hassan Fathy, un architecte égyptien de renommée mondiale. Il est fait de briques d’adobe avec un haut dôme ouvert qui permet à l’air de circuler, gardant la structure au frais et la dispensant de toute climatisation artificielle.

Des élèves de 8 à 13 ans viennent régulièrement en visite dans le cadre de sorties scolaires. Dès le début, Sally Hafez Bahgat voulait s’assurer que les programmes du centre communautaire Oasis ne soient pas réservés aux écoles internationales, remarquant qu’il y a peu d’endroits pour les enfants des écoles publiques où cultiver des plantes et étudier. Le centre communautaire Oasis accueille également des étudiants universitaires pour les initier au team bulding, au leadership et à des activités environnementales.

Aujourd’hui, le centre est payant pour les écoles internationales, tandis que les écoles publiques et les orphelinats bénéficient de voyages subventionnés ou entièrement couverts.

La plupart des élèves participent à des classes vertes de deux jours. Ils suivent toutes sortes d’ateliers, y compris une session sur les énergies renouvelables où ils apprennent à utiliser l’énergie solaire à l’aide de petites cellules photovoltaïques (PV) spécialement conçues pour l’occasion. Il y a une station de recyclage, une visite sur le toit pour voir un panneau solaire grandeur nature et un chauffe-eau solaire, une chasse au trésor où il faut faire correspondre un arbre et ses graines, et une séance de jardinage – et tout cela avant le déjeuner.

« La durabilité ne devrait pas être enseignée uniquement à l’école. Nous ne pouvons pas vivre si nous ne sommes pas actifs sur le plan environnemental, et si nous ne savons pas à quel point il est dangereux d’utiliser autant de plastique », dit Sally Hafez Bahgat.

Le soir, les étudiants campent à la belle étoile sous des tentes qu’ils ont dressées le matin même. « Ils apprennent à compter sur eux-mêmes et à devenir plus indépendants », explique-t-elle.

Elle a remarqué cette autonomie et cet esprit d’entreprise chez ses propres enfants. Cette année, son fils aîné a gagné un prix d’entrepreneuriat à l’Université Américaine du Caire, et elle a constaté l’effet indirect des activités menées par ses enfants dans le centre sur leur apprentissage. « Ils apprennent à identifier les problèmes et à essayer de les résoudre », précise-elle.

Les aides et la structure nécessaires pour réussir :

Sally Hafez Bahgat est également en train de vivre ses propres expériences d’apprentissage. Elle a passé l’année dernière à perfectionner son plan d’affaires dans le cadre du programme vert d’incubation d’entrepreneurs de SwitchMed.

« Quand je trouve des choses comme ça, la première chose que je regarde est l’âge », dit-t-elle, expliquant que de nombreux programmes ciblent souvent les jeunes. Le programme vert d’incubation s’adresse aux innovateurs de tous âges. « J’ai adoré le fait que la formation soit extrêmement flexible. Les horaires n’étaient pas figés de 9h à 17h, ce qui était important ».

Avant la phase d’incubation, Sally Hafez Bahgat pensait uniquement à l’environnement, négligeant les initiatives nécessaires pour atteindre ses objectifs. « Le fait d’avoir un business plan sous les yeux a rendu mes décisions plus faciles et plus avisées. J’avais l’habitude de faire les choses en suivant mes intuitions, mais maintenant je sais qui sont mes parties prenantes et mes clients, et quelles sont les circuits que je peux utiliser pour les atteindre ».

« Elle a fait de l’excellent travail en compilant les éléments de son business plan en un document unique et cohérent », dit Peter Nasr, formateur indépendant de SwitchMed et un des modérateurs du programme Bahgat. « Le centre communautaire Oasis a un potentiel très prometteur en Égypte. Il s’agit d’une communauté unique en son genre qui sensibilise les jeunes à la durabilité et à d’autres questions liées à l’environnement qui sont importantes pour le pays »

Sally Hafez Bahgat apporte ces mêmes valeurs d’incubation d’entreprises à sa propre équipe. Elle a délibérément choisi six employés qui sont des entrepreneurs ou qui ont l’esprit d’entreprise et leur a offert une formation par l’entremise du réseau du centre communautaire Oasis. Le centre communautaire Oasis organise également des ateliers sur le leadership et la durabilité en collaboration avec le Leadership Factory, un centre de formation pour jeunes entrepreneurs basé au Caire.

Avec son centre, Sally Hafez Bahgat veut être à l’avant-garde de la ‘vague verte’ en Égypte. « Je crée mon propre environnement avec de très petits groupes, mais nous avons besoin d’une grande communauté qui peut vraiment influencer les façons de faire des autres », dit-elle.

Son prochain objectif est de rendre une telle communauté effective. Finalement, elle est peut-être la personne parfaite pour construire une oasis de l’esprit d’entreprise en Égypte, exactement comme elle l’a fait avec son centre dans le désert.

 

 

Pour en savoir plus sur le centre communautaire Oasis, consultez sa page Facebook.

Images: Courtesy of Oasis Community Center.

Hilary est journaliste, photographe et créatrice de choses. Elle adore travailler avec les entrepreneurs pour partager leurs histoires et elle l'a fait partout dans le monde.Hilary Duff
Une oasis d’apprentissage durable dans le désert égyptien | The Switchers
Oasis Community Center Resource Efficiency & Sustainable Waste Management
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