04 Sep 2018
Berkane, Maroc, Maroc
Efficacité des ressources et gestion durable des déchets

Faiza Hajji a eu une idée en voyant, enfant, une corbeille à pain marocaine tissée avec une technique traditionnelle : pourquoi ne pas utiliser cette même technique pour transformer les sacs en plastique – fléau de longue date du paysage pittoresque marocain – en sacs design ? Faiza Hajji développe le concept tout en étudiant à Paris avant de retourner chez elle pour fonder Ifassen (mains, en berbère), une organisation qui forme et emploie des femmes dans les communautés rurales pour fabriquer des sacs.

Ifassen a un large impact social. Les femmes reçoivent une formation professionnelle et une source de revenu supplémentaire, tandis que les enfants en apprennent davantage sur la culture marocaine et le recyclage par le biais d’une série de programmes de sensibilisation. À présent, Ifassen veut continuer son ascension, affinant son modèle d’affaires pour réaliser des profits constants.

Le parcours de Faiza Hajji qui l’a menée à la fondation d’Ifassen – organisation à but non lucratif qui transforme les déchets plastiques en sacs à provisions et accessoires de mode réutilisables – commence un jour où une patiente de sa mère n’a pas été en mesure de payer une facture médicale. Enfant, elle se souvient de cette femme marocaine qui avait offert un panier à pain fait de matériaux recyclés au lieu d’argent. « En voyant ce panier, j’ai pensé que nous pourrions faire la même chose avec des sacs en plastique », raconte-t-elle.

Le Maroc est empêtré dans les sacs en plastique – contributeurs notoires aux dommages environnementaux. Lorsque Faiza Hajji conçoit l’idée d’Ifassen en 2006, le Maroc était le deuxième plus grand consommateur mondial de sacs plastiques à usage unique par habitant. En 2016, Al Jazeera rapporte que chaque citoyen marocain utilise en moyenne 900 sacs en plastique par an. Ce pays d’Afrique du Nord a multiplié les initiatives pour tenter de limiter ce problème qui touche l’ensemble de la société, ce qui a abouti à l’interdiction générale de la production, de l’importation et de la vente de sacs en plastique en 2016.

Ces réformes n’ont pas été mises en place du jour au lendemain : les sacs en plastique restent disponibles pour l’instant. Ifassen joue un rôle important en changeant les attitudes locales à l’égard des déchets plastiques, tout en renforçant l’autonomie des femmes dans les communautés les plus pauvres en offrant une formation professionnelle à ses employées. « Notre organisation ne se limite pas à la vente de sacs, explique-t-elle, nous adoptons une approche plus globale ».

De l’université française au village marocain :

Inspirée par le panier à pain de sa mère, Faiza Hajji développe son concept d’entreprise de sacs recyclables tout en préparant son diplôme d’ingénieur en France. Son sac prototype remporte le premier prix d’un concours de design étudiant, ce qui a incité d’autres designers à la contacter en vue de collaborer au projet. Le concept de Faiza Hajji a continué d’attirer des subventions financières et a même été présenté au défilé de mode, Paris Prêt à Porter, en 2008.

En 2006, Faiza Hajji retourne au Maroc pour mettre en œuvre le deuxième élément de sa vision : former les femmes dans les zones rurales pour qu’elles s’occupent du processus de fabrication des sacs. Les employés reçoivent une formation professionnelle dans la création de sacs avec des techniques de tissage traditionnelles, mais Ifassen s’ouvre aussi sur l’avenir. Bientôt, le personnel d’Ifassen apprendra à utiliser des imprimantes 3D, qui joueront un rôle important dans la fabrication de nouveaux objets de design d’intérieur, avec, bien sûr, les éléments de tissage marocain caractéristique d’Ifassen.

Actuellement, Ifassen travaille avec un total de 60 femmes réparties dans trois communautés à Chouihia, une ville située à l’extrême nord-est du Maroc. Chaque atelier récolte les déchets plastiques auprès de la population locale, recevant une aide précieuse de la part des autorités gouvernementales, des « familles écologiques » et même des nettoyeurs à sec qui ont – ce qui n’est peut-être pas surprenant – un surplus d’emballages plastiques usagés.

L’initiative SwitchMed, le groupe de réseautage dont relève le projet Switchers, a également apporté une aide financière à Ifassen, aidant Faiza Hajji et son personnel à acheter des sacs de farine de haute qualité pour les transformer en supports d’achat durables.

Il est important de noter que le modèle d’affaires d’Ifassen s’articule autour des horaires et des demandes variables de ses employés. Les femmes y travaillent en dehors de leurs engagements existants, qui vont des soins aux enfants au travail dans les fermes. « Le modèle d’entreprise d’Ifassen ne perturbe pas la structure culturelle de la famille », explique Faiza Hajji.

Attirer plus de clients :

Cette philosophie soulève nécessairement des défis commerciaux pour Ifassen ; l’organisation ne dispose pas d’une chaîne de production cohérente. Pour l’instant, l’entreprise ne couvre pas ses coûts – en soi, il ne s’agit pas d’une préoccupation majeure, étant donné ses objectifs caritatifs. « Nous devons trouver un équilibre entre les ventes que nous pouvons faire et les produits que nous pouvons offrir », dit Faiza Hajji.

Pour cette raison, Faiza Hajji a exploré une gamme de canaux différents pour vendre plus de produits de design. Ifassen vend des sacs en ligne, bien que son site Web soit confronté à des obstacles techniques. Idéalement, dit Faiza Hajji, Ifassen sera en mesure d’employer un spécialiste du marketing à plein temps pour s’occuper de questions telles que les ventes en ligne et atteindre plus de clientèle. « Le marketing est l’une des clés pour être durable et aller de l’avant », explique-t-elle.

Faiza Hajji a également entamé des pourparlers pour attirer des commandes plus importantes sur une base plus cohérente. Ifassen a collaboré avec l’architecte Aziza Chaouni Projects pour fournir des sacs et des tapis marocains (fabriqués à partir d’emballages de farine usagés) sur lesquels les enfants peuvent s’asseoir lors d’une exposition au Musée du Quai Branly, un musée parisien. L’initiative ne s’est pas limitée à la création d’un débouché pour les ventes d’Ifassen, elle a également sensibilisé les écoliers français à la culture marocaine et à l’importance du recyclage.

De plus, Ifassen contribue à façonner les attitudes de la jeune génération à l’égard des déchets plastiques au Maroc. Faiza Hajji parle avec fierté des programmes de sensibilisation d’Ifassen ciblant les élèves dans les écoles marocaines, où les enfants sont encouragés à apporter les produits en plastique jetés de chez eux à l’école pour qu’ils soient recyclés.

« Les enfants sont notre avenir, dit Faiza Hajji, leur éducation devrait donc promouvoir le développement durable et la citoyenneté dans le monde ».

 

Pour en savoir plus sur l’Ifassen, consultez son site Web et sa page Facebook .

Photos : Avec la permission de Ifassen.

Depuis qu'il a obtenu sa maîtrise en études du Moyen-Orient l'année dernière, il travaille comme journaliste pigiste à Accra au Ghana et au Caire en Égypte.David Wood
Les sacs plastiques redeviennent utilisables dans le cadre d’une initiative de recyclage marocaine | The Switchers
Traduction : Lilia Bacha.
Ifassen Efficacité des Ressources & Gestion durable des déchets.
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