09 Oct 2018
Caire, Égypte
Efficacité des ressources et gestion durable des déchets

Une startup de gestion des déchets basée au Caire, Recycolife, propulse l’Égypte en avant, mais à partir d’une base inhabituelle : des tas de déchets. Mina Bahr, fondateur et propriétaire de Recycolife, transforme des déchets solides comme le plastique et l’aluminium en matières premières de haute qualité pour les usines locales. L’entreprise s’est également lancée dans le développement des biocarburants, en récupérant l’huile de cuisson usagée pour la réutiliser comme carburant biodiesel pour les voitures.

Fondée en 2015, Recycolife compte maintenant plusieurs clients et a commencé à être rentable. Mais le recyclage est loin d’être simple en Égypte, où l’industrie est entravée par des luttes intestines et une réglementation excessive. Mina espère que Recycolife contribuera à atténuer cette situation en encourageant une approche plus collaborative de la durabilité en Égypte.

Les Égyptiens adorent faire la cuisine. Aujourd’hui, grâce à des entreprises comme Recycolife, l’huile jetée par les chefs égyptiens peut contribuer à satisfaire une demande croissante en énergie. Mina transforme les huiles de cuisson usagées – ainsi que les déchets solides comme l’aluminium, le plastique et le papier – en matières premières de haute qualité pour les usines locales. « Nous pensons qu’il s’agit d’une industrie très importante en Égypte », déclare-t-il.

L’Égypte veut rendre ses perspectives énergétiques nationales plus durables. Ces dernières années, le pays d’Afrique du Nord a compté sur les combustibles fossiles pour satisfaire jusqu’à 95 % de la demande énergétique de sa population en pleine explosion. Le gouvernement a investi dans des centrales éoliennes, solaires et hydroélectriques, et maintenant les biocarburants peuvent avoir un rôle important à jouer. L’huile de cuisson peut être transformée en biodiesel et est en mesure de faire le plein des véhicules à moteur. Si des critiques ont été formulées concernant les cultures destinées exclusivement à la production de biocarburants, Recycolife ne réutilise que l’huile de cuisson usagée qui a déjà été jetée.

L’avenir de Recycolife s’annonce prometteur. L’entreprise a commencé à faire des bénéfices, en vue d’investir dans des machines de broyage de canettes pour rendre ses processus encore plus efficaces. Selon Mina, cette croissance est limitée par la fragmentation de la scène du recyclage en Égypte, où l’on est entravé par le manque de clarté des réglementations gouvernementales et par la concurrence entre les sociétés de gestion des déchets et les ramasseurs informels de déchets. Sans se laisser décourager, Recycolife cherche de nouvelles voies pour amener les recycleurs égyptiens à travailler enfin ensemble.

Poursuivre sur sa lancée

Le rêve de rendre l’Égypte plus durable n’a jamais vraiment quitté l’esprit de Mina lorsque celui-ci était étudiant en ingénierie, il y a dix ans. « Le recyclage est mon inspiration », dit-il. Après l’université, Mina s’est mis à apprendre davantage sur les aspects pratiques du recyclage des déchets solides, ainsi que sur la science de la fabrication du biodiesel.

Mina a bénéficié d’un regain de confiance à la suite de la révolution égyptienne de 2011, au cours de laquelle les entreprises de recyclage ont commencé à exploser sur la scène locale. Quatre ans plus tard, il y apporte sa propre contribution, Recycolife, où l’on récupère des cartons, de l’aluminium, de l’huile de cuisson et quatre types différents de plastique provenant des ménages, des écoles et des restaurants. Ces procédés fonctionnent soit en vertu d’ententes officielles avec certains organismes, soit simplement en annonçant que Recycolife effectuera une collection publique un jour donné.

Une fois les déchets solides collectés, Mina et son équipe les lavent et agissent ensuite comme un ‘fournisseur de matières premières’ pour l’industrie. Par ailleurs, Recycolife traite séparément l’huile de cuisson récupérée avant de la livrer à une installation locale qui s’occupe de la conversion au biodiésel.

Trois ans plus tard, l’entreprise affiche un rendement impressionnant. Recycolife génère des bénéfices décents, tandis que Mina s’enthousiasme à l’idée que ceux-ci augmenteront avec plus d’investissements. Par exemple, Recycolife serait en mesure de produire des volumes plus importants d’aluminium brut si elle pouvait acheter une machine de broyage de canettes sur place. « Nous sommes toujours à la recherche d’innovation et de nouvelles façons d’aider nos clients », dit-il, ajoutant que Recycolife cherche aussi à manipuler des matériaux plus difficiles comme les textiles, les Tetra Paks et les lubrifiants pour moteurs.

Ensemble, c’est mieux

Selon Mina, les entreprises comme Recycolife pourraient susciter encore plus de raisons d’être optimiste dans un contexte de recyclage moins incohérent. Il explique que l’Égypte génère des milliers de tonnes de déchets solides lucratifs, mais que les entreprises luttent pour obtenir la certification de leurs matières premières par les autorités locales. Cela signifie que les exportateurs envoient leurs produits sur des marchés étrangers comme l’Europe, même s’ils auraient été extrêmement utiles dans leur pays.

Ce qui est encore plus préoccupant, c’est la rivalité toxique qui a surgi entre les entreprises de recyclage et les ramasseurs d’ordures locaux – des citoyens qui fouillent les décharges d’ordures en Égypte à la recherche d’objets précieux. « Les ramasseurs d’ordures avaient l’habitude d’obtenir les déchets des gens gratuitement, mais maintenant nous payons pour cela »,  dit Mina. « Ils agissent comme si les déchets leur appartenaient ».

Pour ces raisons, Mina travaille à une initiative appelée Recycling Networking, qui, espère-t-il, favorisera une meilleure coordination entre les intervenants de l’industrie. Il veut s’assurer que les entreprises industrielles et les fournisseurs de matières premières comme Recycolife comprennent mieux leurs activités respectives, afin de développer des partenariats durables. Recycolife mène également des campagnes de sensibilisation du public sur l’importance du recyclage.

Pour Mina, la diffusion de ce message est particulièrement vitale en Égypte, où les ressources semblent se faire de plus en plus rares. « Nous sommes confrontés à une diminution de la quantité de combustibles fossiles et à une augmentation de la demande », dit-il. « Nous devons tirer le meilleur parti de tous ces matériaux ».

 

Pour plus d’informations sur Recycolife, visitez son  site Web et consulter son Facebook.

Photos : avec la permission de Recycolife et Unsplash

Depuis qu'il a obtenu sa maîtrise en études du Moyen-Orient l'année dernière, il travaille comme journaliste pigiste à Accra au Ghana et au Caire en Égypte.David Wood
Soutenir l’industrie et faire le plein d’essence à partir des tas d’ordures en Égypte | The Switchers
Traduction : Lilia Bacha
Recycolife Efficacité des Ressources & Gestion durable des déchets
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