04 Juin 2018
Marrakech, Maroc
Aliments et agriculture durables

L’accès à l’eau potable pose un véritable problème dans beaucoup de pays en voie de développement. Selon l’Organisation Mondiale de la Santé, au moins 2 milliards de personnes boivent de l’eau provenant d’une source contaminée par de la matière fécale, ce qui est responsable de la propagation de maladies comme la diarrhée, le choléra et la dysenterie. Les études ont également montré que plus de 800 enfants meurent chaque jour pour des raisons liées à un assainissement insuffisant de l’eau.

Le docteur Lahbib Latrach préparait  une thèse en Techniques de traitement des eaux et de l’environnement à l’université  Cadi Ayyad au Maroc et à l’université Shimane à Matsue, au Japon, quand il a décidé de développer une technologie appelée ‘système de stratification multi-sols’, qui élimine les substances polluantes et les toxines de l’eau. Une grande partie des eaux usées dans les pays en voie de développement n’est pas traitée et est directement rejetée dans l’environnement, causant de multiples maladies.

« J’ai voyagé dans beaucoup de pays où j’ai vu des eaux usées rejetées dans l’environnement et les conséquences sont catastrophiques », dit Lahbib Latrach. « Les eaux usées contiennent de nombreuses toxines, comme les produits chimiques et les bactéries,  [ou même] la salmonelle. Elles ont une forte teneur en azote et en phosphore et polluent les nappes souterraines. Les moustiques prolifèrent dans les flaques d’eaux usées, et les moustiques transmettent des maladies aux humains ».

Le but de Lahbib Latrach était de trouver une solution pour traiter ces eaux, qui ne serait pas trop coûteuse et qui pourrait facilement être installée dans les villages ruraux en utilisant des matériaux locaux. Celui-ci fonde alors une société nommée Green WATECH, en vue d’éradiquer les maladies liées à l’eau dans le monde.

Comment fonctionne la technologie de la Green WATECH :

Un grand nombre de villages  n’a pas la possibilité de traiter les eaux usées, voici pourquoi Lahbib Latrach a décidé de tester sa nouvelle technologie en priorité dans une communauté du nom de Talat Merghen se situant en dehors de Marrakech et abritant 600 âmes.

« Nous collectons l’eau usée auprès des foyers, nous la traitons, puis nous l’utilisons pour irriguer des plantes comme les oliviers et la luzerne », dit-il.

Le système de stratification multi-sols fonctionne en filtrant l’eau grâce à une combinaison de matériaux à faible coût comme le gravier, la sciure de bois, le sable et le charbon de bois. L’eau filtrée qui résulte de cette opération est claire, ce qui est un grand pas, si on la compare à l’eau usée sale de couleur marron que l’on trouve habituellement dans le village.

« Le système de purification de l’eau classique est très cher et peut coûter des millions de dollars », explique Lahbib Latrach. « Lorsque vous comparez notre solution, le prix est très peu élevé, c’est simple à mettre en œuvre par la population rurale et c’est très efficace. Ça élimine 90% des éléments polluants et pathogènes et ne requière aucune énergie pour fonctionner. La durée de vie de notre système de filtration est de 20 ans ».

Aujourd’hui, la technologie a été mise en place dans deux villages au Maroc.

Des Scientifiques du monde entier ont reconnu que la pollution de l’eau est un problème gigantesque.

Gabriel Filippelli du Centre de santé urbaine de l’Université de l’Indiana et de l’Université Purdue d’Indianapolis a déclaré à la National Science Foundation: « La pollution est en cause dans 16% de tous les décès prématurés dans le monde, une statistique qui révèle notre incapacité à affronter les causes de la maladie [sic]. Au lieu de ça, nous avons tendance à nous concentrer sur les symptômes. La situation est aggravée par le fait que 92 % de ces décès liés à la pollution se produisent dans les pays à faible revenu et à revenu intermédiaire ».

Les espérances de la Green WATECH pour l’avenir :

L’approche de la Green WATECH  a un effet triple sur la réussite des petits villages. Il y a l’aspect social, qui consiste à améliorer la qualité de vie et d’employer les habitants des villages ruraux. Ensuite, il y a l’aspect environnemental, qui consiste à diminuer le nombre de maladies liées à l’eau. Enfin, il y a l’aspect économique, qui consiste à réduire la quantité d’eau douce utilisée pour l’irrigation et à améliorer la sécurité alimentaire.

À ce jour, la Green WATECH a récolté 23 000 dollars auprès du Réseau Maroc d’Essaimage des Entreprises et de l’Incubateur de l’Université Cadi Ayyad de Marrakech. L’entreprise a besoin d’un soutien financier supplémentaire de 60 000 $ pour élargir son marché et couvrir le prototypage, le marketing, les salaires et les coûts de formation.

Lahbib Latrach, qui a grandi à Marrakech, pense que tout être humain a le droit d’avoir accès à des services sanitaires.

« Nous envisageons d’étendre notre marché dans d’autres pays du Moyen-Orient et d’Afrique, où plus d’un milliard de personnes n’ont pas accès à des services d’assainissement sûrs et adéquats », dit-il. « L’Afrique est particulièrement touchée. Nous recherchons également des partenaires commerciaux et des distributeurs étrangers pour nous aider à nous développer ».

 

 

Photos : Avec la permission de Green WATECH.

Kristin Hanes est une journaliste passionnée par l'environnement, la durabilité et la science. Elle adore raconter les histoires des gens qui font une réelle différence dans le monde.Kristin Hanes
Ce système de stratification multi-sols traite l’eau pour l’irrigation | The Switchers
Traduction : Lilia Bacha
Green WATECH Efficacité des Ressources & Gestion durable des déchets