28 Oct 2015
Mornag, Tunisie
Aliments et agriculture durables, Efficacité des ressources et gestion durable des déchets, Tourisme durable

Mornag Eco Farm est une ferme écologique axée sur les techniques et les comportements durables. Son créateur, Amine Draoui, reçoit tout au long de l’année des écoles, des volontaires et des touristes pour partager son savoir-faire et sa passion pour la nature.

Protéger la nature et préserver un savoir-faire ancestral, telle est la vocation d’Amine Draoui, fondateur de Mornag Eco Farm. Dans cette ferme située à proximité de Tunis, ce jeune entrepreneur applique des techniques alternatives autour de l’agriculture, la gestion des ressources et la construction durable. Un savoir-faire qu’il a puisé dans les traditions tunisiennes et dans son expérience de bénévole à travers le réseau Wwoof. Depuis 2012, il organise des ateliers, des visites guidées et propose des chambres d’hôtes dans sa ferme écologique – autant d’activités qui bénéficient également à la communauté locale.

Rencontre avec Amine Draoui, fondateur de Mornag Eco Farm.

En quoi consiste votre projet ?

Mornag Eco Farm est un site éco-responsable où l’on développe plusieurs techniques alternatives autour de l’énergie, l’eau, la construction, la gestion des déchets et l’agriculture. Nous recevons essentiellement des écoles, mais aussi des associations, des familles et des touristes. Beaucoup de gens viennent ici pour s’inspirer et appliquer ensuite les techniques chez eux.

Comment est née l’idée de créer une ferme ?

Alors que je finissais mes études, j’ai fait du volontariat dans des fermes en Europe. J’ai pu y apprendre de nombreux savoir-faire : comment faire du fromage, du pain, des confitures… Mon but était de revenir en Tunisie pour y créer ma propre ferme, pas seulement pour produire des fruits ou des légumes, mais surtout pour partager ces savoir-faire.

Un modèle de ferme écologique et responsable | The Switchers
Un modèle de ferme écologique et responsable | The Switchers

Vous aviez une formation spécifique ?

J’ai fais un doctorat en sciences de l’eau. Après avoir enseigné pendant une période, j’ai quitté le monde académique pour me lancer dans la construction de l’éco-ferme.

Comment travaillez-vous sur l’aspect pédagogique de la ferme ?

Nous ne faisons pas de théorie : ici on vient pour pratiquer, travailler, apprendre. La ferme est un lieu participatif. Il y a des ateliers tout au long de l’année. Les écoles viennent deux ou trois fois par an, ce qui permet de suivre les saisons. En novembre, on commence à faire de l’huile d’olive. À partir de février-mars, on distille les fleurs. À partir de mai, on travaille les céréales pour faire du pain…

Quelles techniques appliquez-vous sur le site ?

Nous avons puisé dans nos racines en utilisant des techniques ancestrales, en particulier pour l’agriculture. Nous avons aussi cherché des techniques qui existent dans le monde entier pour la construction, la gestion de l’eau et des déchets. Par exemple, nous avons mis en place des toilettes sèches, et on chauffe l’eau des douches avec des chauffe-eaux solaires de basse technologie.

Quelles solutions écologiques apporte votre projet ?

Pour les constructions, nous n’utilisons que des matériaux locaux. Quant aux déchets, ils sont compostés, recyclés ou même revendus. Nous essayons toujours d’aller chercher des ressources qui existent sur place. Par exemple, pour construire notre tour d’escalade, nous avons récupéré toutes les pierres dans des décharges.

Un modèle de ferme écologique et responsable | The Switchers
Un modèle de ferme écologique et responsable | The Switchers
Un modèle de ferme écologique et responsable | The Switchers
Un modèle de ferme écologique et responsable | The Switchers

Votre projet est-il réplicable ?

Oui, mais le problème qu’il y a ici, c’est que les gens ne connaissent pas encore ce genre de techniques. C’est pour cela que nous faisons des formations. Nous avons aussi le projet d’écrire un guide de construction qui regroupe toutes ces techniques, afin de laisser une trace écrite et éviter que ces méthodes – souvent artisanales – se perdent.

Il y a des savoir-faire qui sont en train de disparaître. Nous essayons, modestement, de les faire perdurer. Amine Draoui, fondateur de Mornag Eco Farm
Un modèle de ferme écologique et responsable | The Switchers

Avez-vous reçu des aides ou des financements pour créer le projet ?

Non, rien du tout. Pour les banques, ce n’était pas un projet rentable. Alors on a commencé petit. Chaque fois que l’on gagnait quelque chose, on le réinvestissait. Ça a pris plus de 4 ans, et ce n’est pas encore fini ! Je pense que c’est un bon exemple pour les jeunes qui pensent qu’ils ne peuvent rien faire car ils n’ont pas de financement. C’est faux ! On peut commencer petit, et s’agrandir avec le temps.

Quelles répercutions a cette initiative sur votre communauté ?

Depuis le début, nous faisons travailler les locaux. Ils s’occupent essentiellement du jardin et des animaux. L’écotourisme ouvre de nombreuses perspectives pour l’économie locale. Généralement, les gens qui visitent la ferme font ensuite une excursion dans les montagnes pour partir à la rencontre des bergers, des nomades…

Comment souhaitez-vous faire évoluer votre projet ?

Notre objectif serait de créer un réseau de fermes dans toute la Tunisie, car chaque région a ses spécificités. L’idée serait que les visiteurs puissent faire un circuit et découvrir les savoir-faire et les traditions de chaque site.

Avez-vous le sentiment de participer à un changement global ?

Moi, ce qui me rend le plus heureux dans mon travail, c’est le partage. On n’est pas là que pour expliquer l’aspect technique des choses, on est surtout là pour donner de l’espoir. Il ne s’agit pas de dire à tout le monde de faire des fermes ! Il s’agit de les inspirer à donner le meilleur d’eux-mêmes dans leur métier. Donner de l’espoir en un monde meilleur, c’est aussi ce qui nous donne la force de continuer.

Mornag Eco Farm Ferme éco-responsable
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